Vaste sujet ! L’île de Skye, comme toute partie d’Ecosse digne de ce nom, a plus d’un fantôme, plus d’une fée, et plus d’un monstre dans sa lande. Il y a énormément de légendes, ne serait-ce qu’à Dunvegan (dans le nord-ouest) il y en avait pas mal, y compris une ou deux légendes « urbaines » colportées par les habitants. Je vais donc donner mes préférées, certaines piochées dans le livre d’Otta Swire (une référence), d’autres récoltées oralement. Si ça vous intéresse, il y a un livre qui traite de toutes les légendes écossaises : The Lore of Scotland: A Guide to Scottish Legends, par Jennifer Westwood.
Prêts ? C’est parti !

Le drapeau des MacLeod
D’origine féérique…
Le fameux Fairy Flag… je commence par l’une des plus célèbres légendes, autour de l’objet le plus précieux conservé au château de Dunvegan. Je ne rentrerai pas ici dans tous les détails et les versions de l’histoire, je vais essayer de donner les éléments principaux. Il s’agit d’un grand morceau de soie, qui était un drapeau utilisé par la famille comme un artefact magique. Il y a de nombreuses versions de la légende, et presque autant de la réalité.
Les faits sont rares : il est en soie, date du IVe siècle, tissé en Syrie ou à Rhodes. Il y a deux théories majeures quant à son acquistion : un croisé aurait trouvé ce morceau de soie lors d’une croisade, l’autre est lié à la figure d’Harald Hardraada (v.1015-1066). Avant de devenir roi de la Norvège en 1045, il s’engagea dans la garde varègue (des combattants d’élite au service de l’empereur byzantin) et combattit un peu partout entre la Norvège et Jérusalem. Lors d’un voyage où il accompagna des pélerins à Jérusalem, il découvrit un drapeau appelé le « Destructeur des Terres » (Land Ravisher en anglais, Landöda en norrois). Tout comme le Fairy Flag, il permet de gagner des batailles, mêmes perdues d’avance. Il revint en Norvège avec, solidifa son royaume avec de nombreuses conquêtes et fonda une lignée dont un certain Leod faisait partie… Les drapeaux magiques sont rares, il est possible qu’il s’agisse du même drapeau mais rien n’est certain.
Leod, l’ancêtre fondateur de la famille MacLeod descend de celle de la famille d’Harold Hardraada via le roi de l’île de Man. Il a ensuite épousé la fille d’un chef de clan sur Skye, acquérant ainsi Dunvegan, chef lieu du clan MacLeod. Ce qui est sûr, c’est que le drapeau était déjà un objet célèbre quand il a été récupéré/volé en Orient, peut-être la tunique d’un saint ou un linceul.


Ou humaine ?
Qu’en est-il de la légende même du drapeau ? Il était une fois, il y a bien longtemps, l’un des chefs de la famille MacLeod chassait avec le clan. Sans s’en apercevoir, poursuivant une loutre blanche, il s’éloigna des autres chasseurs et se retrouva seul près du Fairy Bridge. La loutre n’était pas là, mais il y avait sur le pont une belle jeune femme aux cheveux d’or. Il la demanda immédiatement en mariage, ce qu’elle accepta à condition qu’il la laisse repartir un an et jour plus tard au royaume des fées car elle ne pouvait rester plus longtemps dans le monde des hommes. Le chef accepta et la fée tomba rapidement enceinte. Elle mit au monde un fils, et quitta Dunvegan peu après, traversant le pont pour retourner au pays des fées. Le jour du baptême de l’enfant, le chef organisa une grande fête où le whisky et la bière coulaient à flots, et tout le monde dansait sans cesse au son des cornemuses. La nourrice chargée de veiller l’enfant décida de quitter la nursery quelques minutes, pour danser et boire, car l’enfant était endormi. Mais elle fut prise dans le tourbillon de la fête et oublia complètement son existence. Pendant ce temps l’enfant s’était réveillé et criait car il avait faim et froid. Mais personne ne l’entendit. Au petit matin, une fois la fête finie, une nourrice retourna à la tour et vit le bébé dans les bras d’une femme… c’était la fée qui était revenue s’occuper de son fils. Elle lui chantait une chanson en gaélique, que personne n’oublia bien qu’on ne l’entendit qu’une fois, et resta connue comme The Lullaby of Dunvegan, une berceuse chantée aux futurs chefs. L’enfant était envleoppé dans une couverture, qui devint plus tard… the Fairy Flag !
Montrer le drapeau permet de renverser le cours des batailles, et l’agiter permet de remporter même les plus désespérées. Trois fois il pourra flotter au-dessus d’un champ de bataille avant de perdre ses pouvoirs. Jusqu’ici, le drapeau a été agité deux fois : lors de la bataille de Glendale et celle de Trumpan Church, toutes deux opposant les MacLeod contre les MacDonald.
En 1937 quand un incendie frappa l’aile est du château, les habitants du village se précipitèrent pour aider la famille à vider le château. On raconte encore aujourd’hhui que partout où le drapeau passait, les flammes s’éteignaient… Ensuite, pendant la seconde guerre mondiale, les aviateurs membres du clan MacLeod gardaient avec eux une photo du drapeau pour se porter chance lors des combats aériens.
Pour l’anecdote, fairy vient du vieux français faë qui a donné « fée ». Mais il s’agissait alors d’un adjectif, désignant quelque chose de magique. Peut-être n’y avait-il pas d’histoire de fée, et qu’elle s’est rajoutée ensuite ?
La véritable histoire du Fairy Flag restera dans les brumes de Skye… On ne peut que supposer et soulever les mystères les uns après les autres.


Dunvegan : une porte vers le pays des fées ?
L’une des légendes relie également le Fairy Flag à un autre élément magique, le Fairy Bridge, qui se trouve sur la route de Portree. Il s’agit d’un tout petit pont en pierre, qui servait pour l’ancienne route (le petit chemin de terre ou de goudron que l’on voit serpenter dans la lande, c’est bien l’ancienne route). Il y a d’ailleurs une jolie randonnée à faire de Dunvegan au Fairy Bridge, on voit parfois sur le chemin des vaches des Highlands et il y a un petit parking près du pont.
Comme tous les ponts, celui-ci est magique (voir l’histoire du mot fée). Il sert de passage entre notre monde et celui des fées, le Sidh. D’ailleurs au nord il y a beaoucp d’histoires de fées, et beaucoup de géants au sud. Certains folkloristes comme Otto Swire y voient une origine historique possible : un peuple plus ancien et plus petit aurait vécu au nord, un peuple plus grand venu du continent serait arrivé dans le sud.

Il y a bien d’autres légendes au château de Dunvegan, dans le village et autour. Je vivais dans une maison dans la forêt, qui avait la réputation d’être hantée, une caractéristique étonnamment rare car il n’y a pas tant de fantômes que ça sur Skye. Au château, on me posait parfois la question : « est-ce qu’il est hanté ? ». Malheureusement, il n’y a pas grand chose à dire sur le sujet. On raconte qu’un squelette a été découvert dans ce qui aurait servi d’oubliettes, et un ouvrier raconta un jour avoir vu une belle femme avec une longue robe alors qu’il travaillait dans les anciennes cuisines de l’aile sud. Il l’identifia plus tard comme Sarah MacLeod femme du 24e chef dont un grand portrait en pied se trouve dans le petit salon.
Quant à la maison, on nous raconta plus tard que des électriciens venus d’Inverness étaient repartis terrorisés, jurant de ne jamais revenir car elle était hantée… Ils devaient travailler au « grenier », une partie sous les combles où l’on rangeait le linge et où personne n’aimait aller seul. Il faut dire que la maison se situait dans l’ancien village de Dunvegan, dévasté par la peste au XVIIIe siècle, abandonné ensuite par les villageois traumatisés qui ont préféré partir vivre plus loin. Pourquoi quelqu’un a ensuite décidé de s’y installer et de bâtir le cottage ? Nul ne le sait… Et j’aurais encore beaucoup d’histoires à raconter sur cette maison !

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