L’enfer en Bretagne

 Il fait chaud en ce moment, pas vrai ? On peut même dire que c’est la fournaise, voire « l’enfer sur terre », allons y à fond dans le mélodrame. Mais saviez-vous que tous les enfers ne sont pas chauds ?

  En effet en Bretagne, et plus précisément dans les Monts d’Arrée (Menez Are), l’enfer est froid, même glacé. Et quoi de plus naturel finalement ? Retour au XIXe siècle : c’est l’hiver, le temps est humide et s’insinue partout dans votre maison. « Maison » est peut-être un grand mot pour vous, lecteurs.rices d’aujourd’hui. Car il s’agit en fait d’une construction comme un cottage (basse, murs épais, peu d’ouvertures) avec un toit de chaume et deux pièces : une pour la vie quotidienne avec une table pour manger et des lits clos, une autre pièce pour les animaux de ferme, radiateurs d’antan.

Vous n’avez donc que cette chaleur animale ainsi qu’une cheminée pour vous tenir au chaud pendant l’hiver. Il n’ a rien de pire que le froid : c’est comme une bête qui rôde et qui s’infiltre partout, rongeant lentement les défenses.

La baie d’Audierne un jour d’août.

Bienvenue dans les Monts d’Arrée !

 Dans les Monts d’Arrée, il y a une porte qui conduit vers cet enfer froid. Elle se situe au niveau du Yeun Elez, une zone marécageuse réputée pour ses feux follets. On l’appelle le Youdig, « petite bouillie » en breton. N’y allez pas, vous risqueriez d’y tomber et de ne jamais revenir. Evitez même toute la zone des Monts d’Arrée : la brume y est plus épaisse qu’ailleurs (même en plein été on peut ne plus voir à 100 mètres), l’Ankou (l’envoyé de la Mort en Bretagne) y a ses habitudes, et des chiens noirs y rôdent (en voir un est un présage de mort).

Pour autant, le lieu n’est pas impossible à approcher : déjà, c’est très joli et ce serait dommage de s’en priver, en plus il y a tout plein de sentiers de randonnée. Que faire alors si vous voulez éviter toute attaque diabolique ? Dans les récits d’Anatole Le Braz, fokloriste breton (1859-1926), une valeur sûre semble d’être de se réfugier sous la protection d’un saint, ici saint Michel. Très présent en Bretagne, il a ses quartiers à la chapelle Saint Michel-de-Brasparts : perchée en haut d’un des monts, c’est une chapelle minuscule où de nombreuses personnes disposent des cairns, probablement pour se protéger des dangers du Menez Are. Le Braz le dit lui-même : « Sant Mikêl vraz a oar an tu d’ampich ioual ar bleizi-du » (« Le grand saint Michel sait la manière d’empêcher de hurler les loups noirs ») » (Anatole Le Braz, Les saints bretons, 1893).

Sa manière favorite ? Jeter une étole au cou des damnés, les rendant ainsi dociles et doux comme des agneaux. Saint Michel n’avait plus alors qu’à les mener dans un lieu saint pour un exorcisme. Tous les prêtres de la région connaissant l’astuce, les Monts sont aujourd’hui quelque peu nettoyés de leurs revenants !

Le Yeun Elez, porte de l’Enfer.

Cependant si vous y allez, c’est donc à vos risques et périls.

Je vous laisse sur cette description du Youdig, porte de l’Enfer par le Braz :

« On dirait, en été, une steppe sans limites, aux nuances aussi changeantes que celles de la mer. On y marche sur un terrain élastique, tressé d’herbes, de bruyères, de jonc. À mesure qu’on avance, le terrain se fait de moins en moins solide sous les pieds : bientôt on enfonce dans l’eau jusqu’à mi-jambes et, lorsqu’on arrive au cœur du Yeun, on se trouve devant une plaque verdâtre, d’un abord dangereux et de mine traîtresse, dont les gens du pays prétendent qu’on n’a jamais pu sonder la profondeur. C’est la porte des ténèbres, le vestibule sinistre de l’inconnu, le trou béant par lequel on précipite les « conjurés ». Cette flaque est appelée le Youdig (la petite bouillie) : parfois son eau se met à bouillir. Malheur à qui s’y pencherait à cet instant : il serait saisi, entraîné, englouti par les puissances invisibles».

(La légende de la Mort chez les Bretons armoricains, 1893).

Alors vous comptez y aller cet été ? N’hésitez pas à venir raconter vos aventures ! Ou vos conseils pour échapper aux monstres qui sortent de la Porte de l’Enfer…

Une réponse à « Voyage au Yeun Elez : Porte de l’Enfer breton »

  1. […] Si vous voulez plus de mystère et de fiction, vous pouvez aller lire cet article sur un Voyage au Yeun Elez : Porte de l’Enfer breton. […]

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