Tout a commencé par une belle matinée d’automne. Avec des amis, nous avions prévu de profiter à fond du week-end de trois jours en partant dans un chalet au nord de Montréal. Il faisait exceptionnellement chaud pour la saison, c’était l’été que nous n’avions pas eu. Les feuilles des érables mourraient, toute la nature se mourrait, et nous admirions le spectacle. Les enfants piétinaient les cadavres des plantes.  

Nous avions loué une voiture, aucun de nous n’en avait une. C’était un vrai luxe à Montréal depuis que ces saletés d’écolos se préoccupaient plus des pistes cyclables. C’était ce qui me manquait le plus après avoir vécu aux Etats Unis. On pouvait aller en voiture partout, personne ne critiquait mon Hummer et personne ne voulait donner un nom imprononçable à ma rue parce que des mecs avec des plumes sur la tête avaient chié ici 500 avant. Nos ancêtres avaient amené la civilisation dans un trou pourri au milieu de la forêt et maintenant on devait s’en excuser. C’était ridicule. J’attendais avec impatience le jour où je pourrais retourner vivre dans un endroit plus civilisé, ou disons qui se préoccupait vraiment de ses citoyens. De ses vrais et authentiques citoyens. 

En voyant Sylvianne arriver avec la voiture, je ne parvins pas à m’empêcher de soupirer en me rappelant la liste interdite. Je connaissais mes amis depuis des années, depuis la fac et les cours de sociologie. C’était le cours qui attirait le plus de personnes différentes. Ce n’était qu’une option pour moi, je n’y éprouvais pas grand intérêt mais j’avais sympathisé avec quelques élèves qui étaient des passionnés. Ils m’avaient aidé à suivre les cours, à défaut d’en comprendre l’intérêt. Nous étions restés en contact depuis et nous faisions des sorties de temps en temps, même si chacun était parti vers des horizons très différents. J’avais intégré un cabinet de consulting en finance à New York et j’avais vécu une vie de rêve, avant d’être forcé de revenir m’enterrer à Montréal juste après la pandémie. J’éprouvais pour mes amis une forme de tendresse nostalgique mêlée d’habitude. Chaque retrouvailles semblaient nous éloigner un peu plus, et récemment une liste, informelle (sans que l’on se consulte) s’était formée : ne pas parler d’écologie sauf pour en dire du bien. Ne pas faire « l’apologie du capitalisme ». Ne pas dire les « indiens », mais « les peuples autochtones ». Je soupirais en m’avançant vers la voiture. Evidemment, tout reposait sur moi. Si j’abordais un des Sujets Interdits et que l’ambiance était gâchée on allait dire que c’était ma faute. Quand est-ce que les gens étaient devenus aussi susceptibles ? Comme je ne suis qu’un « homme blanc hétéro » pour reprendre la dénomination du politiquement correct, je n’ai jamais le dernier mot. 

Sylvianne m’accueilli avec un grand sourire. André arriva quelques minutes après, en vélo, avec Joachim. « Bon on est prêts ? André tu as la playlist ? » 

Nous avions environ 2h30 de route jusqu’à l’entrée du parc national, puis une trentaine de minutes à travers la forêt jusqu’au chalet. S’il n’y avait pas trop d’embouteillages pour sortir de Montréal, nous y serions avant la nuit.  

Sylvianne s’installa au volant. La voiture était restée en plein soleil et la chaleur était insupportable à l’intérieur. Je cédais : 

« Est-ce qu’on peut mettre la clim ? On étouffe ici ! ». A l’instant où mon regard croisa celui de Sylvianne, je me mordis les lèvres.  

«Rappelle-toi, on évite la clim Alexandre ! Tant que les vitres ouvertes suffisent à rafraichir. D’ailleurs j’espère que tout le monde a sa gourde ? » Un oui enthousiaste lui répondit. Je tournais la tête vers la route. Merde. J’avais oublié cette fichue gourde. J’allais devoir en racheter une à une station-service. Elle s’ajouterait aux trois autres inutilisées dans le placard. 

La route s’étirait en longueur, désespérément plate. S’il y avait un moyen de zapper l’autoroute 40 et ses lignes droites interminables, je sortirais plus souvent de Montréal. Mais la ville semblait s’étendre comme une pieuvre jusqu’au cœur des Laurentides, jusqu’au moment où on voyait le Mont Tremblant. C’était là que les choses devenaient intéressantes. Malheureusement pour moi nous n’allions pas dans un hôtel confortable mais dans un chalet rustique au nord de la Mauricie. Un trou perdu. Sylvianne roulait trop lentement à mon goût maintenant que nous étions dans les collines et je commençais à m’endormir.  

L’automne tardait à venir à Montréal, mais ici il semblait déjà là. Mauvais signe si on croyait les proverbes de grand-mère, qui disaient qu’un automne tardif et chaud était le signe d’un hiver brutal. Les forêts que nous traversions étaient sombres, obscurcies par les rangées de conifères que le soleil d’octobre n’arrivait pas à réchauffer. André et Joachim étaient chacun en train de lire. Je soupirais. 

« On ne pourrait pas mettre la playlist ? La radio ? Un podcast ? Sinon je vais m’endormir ». Un doux euphémisme pour ne pas dire carrément : on se fait chier. 

« Oh je sais exactement quoi faire ! s’écria Sylvianne. » Evidemment. Madame parfaite ne pouvait pas se contenter d’allumer la radio. Il fallait toujours jouer à un jeu, choisir un podcast indépendant ou quelque chose comme ça. « Il faut juste que je trouve où… On va avoir un arrêt à faire ! Je faisais ça avec mes parents quand j’étais petite. On s’arrêtait sur le bord de la route, dans les stations essences, ou sur une halte municipale. Parfois il y a des vendeurs avec des CD qu’on doit mettre dans le lecteur à un endroit précis de la route. Ensuite on reste à la bonne vitesse et on a des informations le long de la route. C’est amusant non ? » 

André et Joachim hochèrent la tête de concert sans lever les yeux de leurs livres. Sylvianne prit mon silence pour une acceptation enthousiaste. Je me retins de demander qui avait encore un lecteur CD, avant de me rappeler que la voiture que nous avions louée était une antiquité. 

La voiture s’enfonça plus profondément dans la forêt. Les maisons, déjà isolées, se faisaient de plus en plus rares. La route n’était plus qu’une suite de virages. Soudain, après un passage particulièrement sinueux, la route s’élargit et un panneau afficha « Halte municipal de Saint Sauveur à 5KM ». Nous avions pourtant dépassé le panneau de la « ville » depuis une dizaine de minutes. Comment les gens savaient-ils où ils habitaient dans ces patelins ? Leurs villages s’étendaient sur des kilomètres.  

La halte municipale en question était plus proche d’un lieu de tournage de Massacre à la Tronçonneuse que d’un arrêt touristique. Il y avait une petite boutique au-dessus de laquelle pendait une enseigne en néons qui affichait « OUVENIR ». Juste à côté se trouvait une station essence dont un des murs était recouvert d’affiches ternies et abîmées par la météo. Elles mentionnaient pour la plupart des animaux disparus depuis le début de l’automne. Rien de bien étonnant dans cette région. Entre l’isolement, le froid et les animaux sauvages, un petit Chihuahua ne faisait pas long feu.  

Dans la boutique, il y avait une machine à café, de la viande séchée, des snacks, bonbons et des breloques d’indiens. La sonnette d’entrée retentit derrière moi.  

« Encore du made in china en plastique ça », dis-je en me retournant pour montrer des attrapes-rêves à un de mes compagnons. Mais je croisais alors le regard furieux d’un indien. Merde, c’était peut-être le gérant de la boutique. Sans un mot, je reposais l’attrape-rêve et je sortis en vitesse rejoindre les autres. Sous l’auvent de la station, Sylvianne avait trouvé les CD qu’elle cherchait et discutait avec Joachim et André. 

« Il y a plusieurs thèmes : faune, flore, traditions, légendes… Vous voulez quoi ? 

— Faune et flore ça risque d’être un peu chiant non ? En plus en voiture on aura pas le temps de voir grand-chose. » Il fallait à tout prix qu’on ait un CD intéressant et que l’on parte d’ici. Je sentais toujours le regard de l’homme sur ma nuque.

« Moi j’aime bien faune et flore, commença André. Tu penses tu qu’on pourrait voir des ours ? C’est bientôt l’hivernation et ils s’engraissent pour l’hiver. 

— Tradition ça pourrait être vraiment le fun, dit Joachim. 

— Légendes c’est quoi ? demandais-je.  

— Le CD est sur le folklore locales, les créatures liées à la région ou à la forêt. Comme le wendigo.  

— Le quoi ? 

— Le wendigo. C’est une sorte de créature cannibale qui dévore les gens. 

— Pas seulement une créature, intervint le vendeur. Il peut s’incarner en chacun de nous. Il dévore tout sur son passage. Il a faim tout le temps. Avant on avait des chasseurs pour s’en protéger mais c’est interdit maintenant. Et ils prolifèrent. » Il me regardait avec attention. « Il veut toujours trop. 

— Sinon on peut toujours en prendre plusieurs. » intervint Sylvianne. Est-ce qu’elle avait peur que je me moque de ces superstitions ? » Et on change plus tard ou au retour. 

— On peut essayer. » 

Le CD coûtait 7 dollars avec les taxes. Pendant que Sylvianne payait, je jetais un regard vers la boutique. Deux hommes me fixaient. L’un d’eux, ressemblait à l’homme que j’avais vu à l’intérieur. Est-ce qu’ils parlaient de ce que j’avais dit tout à l’heure ? Je leur tournais le dos pour rejoindre les autres. Il n’était que 17h mais le soleil descendait déjà sur l’horizon. J’oubliais que l’hiver approchait à toute vitesse. Les arbres, des épinettes et des érables très hauts, cachaient le peu de soleil restant. Le monde devint soudainement obscur et glacé. 

Il fallait attendre une dizaine de kilomètres avant de mettre le CD. Il nous restait environ une heure de route jusqu’à l’entrée du parc. A chaque virage, la voiture s’enfonçait toujours plus profondément dans les montagnes. Sylvianne ralentit devant le panneau indiquant l’arrivée en Mauricie. C’était le début de le CD. Après une longue délibération, le choix se porta sur celle traitant des légendes. 

Le début était on ne peut plus classique : les forêts québécoises étaient peuplées d’une hybridation des mythes indiens et européens. Il y avait nombre de créatures : des loups-garous, beaucoup de fantômes, comme la chasse galerie, une histoire que mon grand-père aimait à raconter disant qu’il avait lui-même « couru la chasse galerie » étant jeune bûcheron. Le CD marqua un temps de pause avant d’entamer la suite : le Wendigo. D’après le narrateur nous remontions en ce moment les environs du « ruisseau au Wendigo ». Il tirait son nom d’une créature du folklore algonquin : un monstre immense, décharné, animé par une faim insatiable. Il était autrefois un homme dont la cupidité avait attiré en lui l’esprit du wendigo. Depuis il le poussait à tout dévorer, y compris, et surtout, les humains. Il pouvait aller jusqu’à se dévorer lui-même, et sa propre famille. Quand un wendigo goûtait à la chair humaine, sa transformation devenait irréversible. Jusque dans les années soixante il existait encore des chasseurs de wendigo dans les communautés algonquines. Un savoir presque disparu aujourd’hui.  

L’ambiance devint étrangement pesante après le récit. Je tentais une blague : 

« J’ai un petit creux. On s’arrête pour grignoter ? 

— Il va faire nuit, on s’arrête pas dans la forêt quand la nuit tombe.  

— Ah oui c’est vrai et on ne siffle pas non plus c’est ça ? » Je ricanais seul à ma blague. Elle était bonne, non ? Plus personne n’a le moindre sens de l’humour.  

Le CD reprit : 

« Dans 100 mètres, vous regarderez derrière vous

Hein ? C’est habituel ça ? demanda André. 

— Euh… non, enfin j’ai jamais entendu ça mais chaque CD est différent, dit Sylvianne sur un ton d’excuse.  

Regardez derrière vous. » 

Nous nous sommes retournés comme un seul homme, tandis que Sylvianne se contentait d’un coup d’œil rapide dans le rétroviseur. Une ombre passa dans les bois sur le bas-côté. Une ombre immense. Un animal de cette taille devait dépasser la voiture. Est-ce qu’un élan ou un orignal pouvait être aussi gros ? Il y avait beaucoup d’animaux dans cette région, mais je ne connaissais pas leur taille. 

Soudain, un élan émergea de la forêt et traversa la route pour disparaitre dans les buissons. Nous laissâmes échapper un soupir collectif.  

« Ce n’était pas l’élan qu’il fallait voir. Vous ne savez pas regarder. Il vous suit. L’hiver va être long. Glacial. Il a déjà faim. Terriblement faim

— Putain c’est quoi cette merde ?! Sylvianne c’est pas drôle. Ton plan de CD à deux balles tu peux te le mettre où je pense. 

— Je… Comment j’étais censée savoir ?? J’ai toujours eu des CD chill, je savais pas qu’il y en avait des comme ça maintenant.  

Vous n’êtes pas en sécurité. Continuez tout droit. Puis dans 100m, regardez derrière-vous

— Oh ta gueule le CD.  

— Mec relax, on va l’éteindre et puis c’est tout, intervint Joachim. 

Regardez derrière vous. » 

J’aurais voulu ne pas me retourner, mais c’était plus fort que moi. La route était déserte, mais les buissons bougeaient. Une ombre immense passa, avec des bois d’élan, trop haute pour être un animal normal. A peine une seconde plus tard, elle avait disparu. 

« Vous… vous avez vu ? Il y a un truc dans la forêt. Ça allait vite, balbutia André. 

— On est trop tendus, ça devait être un animal, dit Joachim pour essayer de rationnaliser. Eteins la radio. »  

Sylvianne obéit. Pendant un moment, tout était calme. Personne ne regardait derrière.  

« On arrive quand ? demandais-je en essayant de contrôler les tremblements dans ma voix. 

— Dans 45minutes. Heureusement qu’on a fait les courses avant de partir hein ? Avec la nuit qui tombe j’ai pas envie de conduire sur ces routes. 

— Oui… j’ai hâte qu’on arrive. » 

Il était quasiment impossible de voir au-delà de la lisière de la forêt désormais. Les arbres se confondaient tous en une masse obscure. 

« Dans 100 mètres, sur votre gauche, regardez dans la forêt.  

— Mais merde, on avait pas éteint le lecteur ? cria André. 

— Si ! Regarde, je le refais. Là, c’est … c’est sûr, c’est éteint. » Sylvianne semblait sur le point de pleurer. « Voilà il y a écrit off et il y a une petite lumière rouge. 

En regardant à votre gauche, vous pourrez observer… 

— Stop ! » 

Mais couvrir la voix n’avait empêché personne de regarder. La forme immense courait à présent. Aussi vite que la voiture. Sylvianne accéléra. La forme aussi. Seuls ses bois dépassaient des buissons. Je pouvais y voir suspendus des lambeaux… de chair ? De peau ? Quelque chose pendait aux bois. 

« Un wendigo n’a pas besoin d’aller très vite, sa proie ne peut pas lui échapper… » Sylvianne appuya pour éjecter le CD et la lança par la fenêtre.  

« Accrochez-vous je… j’accélère. On peut y être dans 30 minutes. » Personne ne parla. Je regardais Sylvianne avec inquiétude. Elle semblait ne voir rien d’autre que la route, mais je savais qu’elle essayait de ne pas le regarder. Tout le monde essayait de ne pas le voir. Et lui ne cherchait pas à se cacher. 

« Dans 100 mètres, il y aura de la brume. Faites attention au virage. » 

Les arbres défilaient à toute vitesse, nous allions beaucoup trop vite. Sylvianne n’eut pas le temps de réagir. Qui aurait pu prévoir un virage aussi brusque ? Je fermais les yeux avant l’impact, me cramponnant vainement à la poignée de la portière. Avant le trou noir, j’eu une dernière pensée : peut-être que le CD était là pour nous aider ? 

Le froid mordait ma peau autant que les débris de verre. J’ouvris les yeux, battant les paupières pour chasser le sang qui coagulait. Je le sentais couler sur mon front et dans mes cheveux. J’étais toujours attaché. Le vent s’engouffrait par un trou béant dans le pare-brise, et par celui où se trouvait auparavant la portière côté conducteur. Il faisait trop sombre pour distinguer clairement quoi que ce soit. 

« Syl… Sylvianne ? André ? Joachim ? » ma propre voix me semblait anormal. Je réalisais alors que c’était le seul son. La forêt était muette. Même le klaxon de la voiture ne brisait pas le silence. Avec peine, je réussis à me détacher pour me retourner et observer le reste de la voiture. La nuit était tombée. Je ne voyais pas mes amis et tout mon corps me faisait atrocement mal. 

Les portes arrière étaient également arrachées ou pliées, je ne sais plus. Ce n’était pas dû à la force de l’impact. J’avais vu des vidéos d’ours faisant des dégâts similaires. Peut-être qu’il avait senti nos courses dans le coffre. Mais sur la route, ce n’était pas un ours… Un sifflement retentit. Il venait de la forêt, ou des environs. Comme lorsque l’on veut attirer l’attention de quelqu’un. Puis une voix timide m’appela par mon prénom. 

C’était une voix mal assurée, celle de quelqu’un qui n’a pas parlé depuis longtemps. Elle ressemblait à celle de Sylvianne, mais aussi à celle d’André et de Joachim. Ce ne fut qu’une fois sorti du véhicule que je me rappelais : il ne fallait jamais aller dans la forêt quand on entendait son prénom.  
Trop tard. Le wendigo m’observait depuis les arbres. Il était immense, maigre, et décharné. Ses yeux luisants étaient fixés sur moi. Des lambeaux de chair pendaient de ses bois. Des gouttes de sang perlaient de ses dents trop pointues. Il fit un geste vers moi. Puis ce fut le trou noir. 

Je me suis réveillé dans un hôpital. Je ne compris pas tout de suite pourquoi tout le monde m’évitait. Ni pourquoi j’étais menotté à mon lit. Il n’y avait pas de fleurs ni de cartes sur ma table de chevet. Personne ne me répondait quand je demandais où étaient mes amis. On me regardait, et on me regarde toujours, avec dégoût. Jusqu’à la nuit dernière, je ne savais pas pourquoi. L’infirmière venue me voir s’était coupée sur une feuille. J’en ai eu l’eau à la bouche. J’ai encore faim, et je n’ai pas mangé depuis l’accident. 

FIN 

Une réponse à « Objects in mirror are closer than they appear.  »

  1. […] pas à la partager, à donner votre avis ou à en lire d’autres ! Pourquoi pas celle-ci ? Objects in mirror are closer than they appear.  (Pas d’inquiétude elle est en […]

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